J'ai traversé les océans. Frôlé les tempêtes insulaires afin de pénétrer dans le c½ur sauvage des Marquises. Traînant ma quartorziéme année d'existence, se demeurait devant moi un cimetière, dominant une vallée. Je me promenais dans ces environs, observant toutes les tombes blanches qui remplaçaient les anciens vivants. A l'opposé d'une rangée de celles-ci, se dressait un frangipanier fantastique qui pleurait des fleurs de Tiaré en saupoudrant les pierres tombales. Sous la chaleur humide et étouffante, le ciel peignait sa robe de teintes violettes laissant jaillir la lumière de la pluie finie. Assise sur un tombeaux, je contemplais ce splendide tableau de la mer colorée d'un bleu profond, où ses vagues grandissaient et vinrent s'échouées sur les rochers. Nulle muraille, ni clôture ne perturbaient le paysage stupéfiant des Marquises, seulement quelques vieux arbres harmonieux rasaient les limites territoriales du cimetière. A Paris, quand un homme s'éteint, sa famille l'enterre, puis l'abondone dans sa pourriture à l'intérieure d'une zone sinistre et sécurisée par de vulgaires murs gris, obligeant les visiteurs de s'attrister sur leurs vulnérables sorts. Au Marquises, lorsqu'un être meurt, son peuple le conduit à son emplacement funèbre, dont uniquement les défunts protégent leur domaine sacré. Là-bas, les âmes immortelles flottent librement dans les montagnes marquisiennes en se réjouissant de la vue impériale des Marquises. Que j'aimerai mourir jeune pour qu'un jour mon âme puisse voler dans ce royaume enchanté à jamais.